Bruno, François et Patrick ont présenté avec enthousiasme le film à Plénée Jugon devant une salle bien remplie, des projets sont en cours, voici ce qu'ils ont envie de partager au retour :

 

Boquen-2

Un soir à Plénée-Jugon

 

Deux ans après…

Nous connaissions la mairie de Plénée-Jugon, quelques-uns de ses cafés et commerces, mais pas la Salle Polyvalente. Elle est en face de l'Intermarché, date des années 80, et un coup de frais ne lui fera pas de mal (c'est prévu).

Nous y avons rejoint Franck Delaunay, de Candela, cassé la croûte avec des amis de Bruno venu de la Bretagne centrale, et accueilli les spectateurs en compagnie du maire Gérard Le Cam.

Peu à peu la salle se garnit, environ 70 personnes, ça doit être aussi l'âge moyen de l'assistance, à peu de chose près. Logiquement, les anciens du village sont les plus nombreux.

Gérard Le Cam, qui a fourni l'écran mobile et le projecteur, rappelle qu'il a hébergé l'équipe du film dans le gîte municipal de la Ville Jehan, nous présente et se dit fier de montrer le résultat à ses concitoyens.

L'ambiance est concentrée, attentive, presque recueillie. Après la projection, le silence s'impose encore. Pas facile de lancer la discussion. Nous sommes face à des gens qui n'ont pas l'habitude de s'exprimer, encore moins sur un film — qui, de plus, n'est peut-être pas exactement celui qu'ils attendaient.

Gérard Le Cam, déjà présent à la projo de la Scam, précise qu'il a encore mieux apprécié "Dom Alexis" la deuxième fois. Denise Vincent, la religieuse qui dirige à présent la communauté du Chemin Neuf, intervient pour susciter les témoignages. Elle demande qui dans le public a connu le Père Alexis. La moitié des mains se lèvent, c'est assez impressionnant.

Quels souvenirs gardez-vous de lui ? Peu de réponses à cette question. La plupart étaient très jeunes à l'époque — rappelons que Dom Alexis aurait aujourd'hui 132 ans. Des voix s'enhardissent. L'un regrette que nous n'ayons pas évoqué Auguste Bourdais, le tailleur de pierre qui prit une part importante dans la reconstruction de l'abbaye. Un autre demande pourquoi nous n'avons pas parlé du catéchisme. Un troisième, si le Bernard du film est bien Bernard Besret. Une autre encore se souvient que les moines, quand ils faisaient des courses au Gouray, ne parlaient jamais.

Patrick parle avec émotion de son rapport au personnage de Jean-Yves, donc à la religion, il évoque l'investissement des acteurs dans la préparation du film,  l'expérience partagée d'un tournage harmonieux.

Puis comme l'heure du verre de l'amitié approche, des langues se délient. Un jeune homme d'une soixantaine d'années a une anecdote : son père était menuisier, le Père Alexis lui avait demandé de fabriquer son cercueil, en bois de peuplier, le plus modeste. Le fiston s'était glissé dans la boîte pour "l'essayer", se disant que si le mort devenait un jour un saint, il aurait été un moment à sa place.

Sur cette note revigorante, la foule afflue vers le buffet. Un localier du journal "Ouest-France" s'éclipse discrètement. D'après Franck, il aurait prononcé avant de partir cette formule choc : « Ils ont tué le mythe ». Ah, bon ?

Quelques groupes de spectateurs viennent nous dire un petit mot, ou juste nous saluer. Comment leur montrer à quel point cette projection est pour nous spécialement émouvante, pareille à aucune autre ?

On sent que le film les a touchés, voire leur a plu, mais j'ai parfois l'impression qu'ils regrettent de ne pouvoir nous rendre davantage : ce qui les rattache à l'histoire de Dom Alexis n'est pas forcément représenté à l'écran.

Leur seule présence pourtant ce soir-là donnait à notre film une résonance particulière : il y est question d'une aventure unique, celle d'un type hors du commun et de ses compagnons, mais aussi de leur pays, aux gens de Plénée-Jugon, et d'un moine breton qui, tout père abbé qu'il était, leur semblait familier, faisait partie des leurs.

 

Avec Denise Vincent, du Chemin Neuf, nous avons abordé le sujet d'une projection à Boquen, dans l'abbaye même. Elle avait songé aux journées du Patrimoine, les 19 et 20 septembre. Il y a une autre possibilité : le dimanche 4 octobre, on célébrera le cinquantenaire de la consécration de l'abbaye — et de la mort de Dom Alexis. Il y aura une messe, l'évêque de Saint-Brieuc sera là. Et sûrement beaucoup de monde. Une chose ennuie un peu la communauté : notre film n'est pas religieux. Si on le projette, il faut lui trouver un complément. Affaire à suivre…

 

Pour conclure sur une moins heureuse nouvelle, j'ai été informé par le festival de Douarnenez (fin août) que "Dom Alexis" n'avait pas été retenu dans la sélection "Grand Crû Bretagne" (121 candidats, 34 choisis, dont 20 docus et 11 fictions). Dommage, c'était l'un des rares festivals a priori accessibles — et le seul jusqu'ici qui ait pris la peine de nous donner sa réponse.

 

A la rentrée, nous visons une nouvelle projection à Paris (aux 3 Luxembourg), une autre à Beauvais, plus Boquen. Dès qu'il y a des dates, on vous les donne ici même.

Nous espérons le DVD avant la fin de l'année.

Bises à tous, donnez-nous des nouvelles…

François Gorin

 

Et Patrick nous écrit :

  Quelle bonne intuition de m'être décidé à accompagner Bruno et François à la dernière minute !

VAL ANDRÉ, BLEU TAO

  Ces deux journées furent exceptionnelles à plus d'un titre. Comme lors du tournage, la météo nous a fait cadeau d'une fraîche et douce lumière d'un rayonnement enveloppant. A l'aller, lors de notre pique-nique de mi-journée, nos « potes en ciel » nous envoient de là-haut un petit clin d'œil : dans une aire de stationnement deux poids-lourds arrivent coup sur coup, « Tiens voilà Bernard *» ( le nom de l'entreprise sur le véhicule), dit François et quelques instants plus tard, un autre arrivant « Et maintenant, voici Landais *» (idem) ; nous étions apparemment sur la bonne route…


 

  Bref, arrivés à Plénée-Jugon nous découvrons la salle polyvalente équipée d'un grand écran et d'une bonne sono. Franck Delaunay, de Candela avait installé le vidéo projecteur et nous profitons du temps qui nous reste pour peaufiner l'image et le niveau sonore.


  À 20 heures, pas grand monde ; Monsieur le Maire, peut-être un peu inquiet, nous dit d'attendre : “Généralement, les séances commencent à 20 heures 30“. Nous patientons  et en effet, les habitants des environs arrivent, souvent en couple ou en petits groupes. Ouf ! Lorsque nous pensons être au complet, nous commençons par une courte présentation du film à l'assemblée. Ensuite Franck, Bruno, François et moi nous mettons au fond de la salle, derrière les spectateurs, un peu en surplomb, ce qui nous permet d'embrasser l'assemblée dans sa totalité.


 Dès que le film est projeté, l'atmosphère devient sérieuse ; un silence quasi-religieux s'installe. Je sens une attention soutenue, comme matérialisée par un grand bloc de silence. Cela me bouleverse, me prend les tripes. Je reste longtemps debout, comme pétrifié, une larme au coin de l'œil. A part quelques moments de sourires devinés, cet état durera jusqu'à la fin de la projection… et même beaucoup plus.


  Il nous fut difficile de reprendre la parole ou plutôt de passer la parole, d'ouvrir une brèche dans ce voile. Mais ils finirent par accoucher de quelques anecdotes. Les échanges verbaux eurent lieu plus aisément entre les habitants lors du pot qui suivit.


  Les graines sont semées et la germination se fera au rythme des saisons de leur cœur.

            Patrick

*Dans le film, Bernard Besret est joué par Laurent Drancourt et Henri Landais par Alain Sagault.

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