Laurent Drancourt était présent au Gouray, voilà ce qu'il écrit, son texte est parsemé de photos prises par Jean-Claude Saintpol

Histoire de réveiller la fibre bretonne en ce dimanche des Rameaux, Michel, un ami de Bruno, avait prévu d’accueillir les gens du Gouray, charmant village tout de granit, avec un petit air de cornemuse. Mais il lui manquait l’embout de son instrument, et sans se démonter Michel a pris son accordéon pour improviser une petite ritournelle celtique.

 

Entretemps le public arrivait en nombre dans la salle des fêtes du Gouray aménagée en salle de projection par Josette Vivier et Denis Rocaboy, pour la présentation du Chant des Pierres. Un public d’un certain âge mais aussi, à bien y regarder, où se mêlaient de plus jeunes spectateurs.

Le film est lancé dans une salle quasi comble. Pas de bâillements sonores pendant la projection, ni de manifestation d’humeur. Bien que le film ne relève pas du pur divertissement, on perçoit une réelle attention.

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Quelques applaudissements timides suivent la projection. François Gorin et Bruno Vienne, les deux réalisateurs, prennent le micro à tour de rôle pour préciser leur intention et dire dans quelles conditions le film a pu se faire. Puis Denis Rocaboy, qui anime la séance, interpelle le public. Y a-t-il des questions ? On sent dans la salle de la retenue, une certaine réticence à prendre la parole. Il est vrai que dans la commune du Gouray, voisine de l’abbaye de Boquen, les souvenirs de l’histoire racontée dans le film ne sont pas tous synonymes d’évènements sereins, même si les photos d’une petite exposition présentée dans la salle des fêtes rappellent le rayonnement de la communauté de Boquen dans la région.

 

Finalement, après qu’un ange soit passé et repassé dans la salle, c’est une dame aux cheveux blancs et courts qui demande le micro. « J’ai été transportée », dit-elle pour tout commentaire. On lui demande d’expliciter. « Oui, transportée, je ne sais pas comment l’exprimer autrement ». Beaucoup autour d’elle acquiescent, qui semblent eux aussi avoir voyagé dans le temps. C’est sans doute la preuve que le tandem François et Bruno a visé juste, que le parti audacieux de mise en scène, la relative austérité du découpage et du jeu des acteurs, n’ont pas été source d’ennui, bien au contraire. Ce qui est dit dans le film paraît résonner avec justesse.

 

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D’autres questions suivent. Un spectateur reproche au film d’avoir écarté toute forme de spiritualité. François et moi prenons la parole pour répondre sur ce point. Comment rendre le sentiment de spiritualité à l’écran, en évitant si possible de basculer dans des représentations extatiques ? Cette spiritualité qui a guidé les vrais protagonistes de Boquen et les a réunis autour du père Alexis, ne transparaît-elle pas dans le décor filmé en lumière naturelle autour de l’abbaye ? Ne se donne-t-elle pas à voir dans l’implication des personnages à l’écran, qui racontent tour à tour leurs élans et leurs doutes ? Cette dimension spirituelle n’est-elle pas aussi présente dans le récit de la vie au quotidien de la communauté, et dans l’évocation de la rudesse de cette vie ?

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Plusieurs personnes dans la salle partagent visiblement cette approche. Parmi ces personnes, un prêtre local, Paul Houée, également sociologue, revient sur l’engagement de Dom Alexis et la grande popularité dont il faisait l’objet dans la région. Il se souvient de la foule qui s’était pressée lors de la consécration de l’abbatiale — la dernière apparition en public d’Alexis Presse, au mois d'août 1965.

 

Au Gouray, « Le Chant des Pierres » a manifestement fait vibrer la mémoire collective, ce qui était une des ambitions du film. Pari tenu, au moins dans les Côtes d’Armor, pour le binôme François et Bruno.