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Dom Alexis en Bretagne… l'histoire n'est pas finie. Trois jours, deux projections. Deux réalisateurs, un acteur (Laurent)… et sa rencontre inédite avec Bernard Besret, le vrai. Et puis le retour à Plouguenast, berceau de notre personnage… 

 

A l'abbaye de Saint-Jacut, se tenait les 11 et 12 novembre un colloque sur le thème prometteur des "Expériences post-conciliaires du croire". C'est ainsi que Dom Alexis et son Chant des pierres se sont trouvés parachutés au milieu des "audaces théologiques" et des "prophéties" — et nous avec. Nous : Bruno, Laurent et moi, dans une expédition bretonne conciliant (!) mission cinématographique, car cette première projection serait, on va le voir, suivie d'une autre, et week-end d'agrément.

La séance, placée en début d'après-midi, avec tous les risques que suppose la digestion d'un solide repas pris par les colloquistes dans la vaste cantine de l'abbaye, avait lieu dans la Salle dite de l'Arbre, insuffisamment obscurcie mais copieusement garnie d'un public attentif et sérieux comme un pape. Quelques questions nous furent posées à l'issue de la projection. Il était alors temps de faire monter au centre de l'estrade celui qui allait être la vraie vedette de la journée : Bernard Besret.

Laurent en profita pour expliquer comment il avait abordé son interprétation de Frère Bernard dans notre film. La rencontre historique entre l'acteur et son modèle — ou le prieur et son double, selon le point de vue — avait eu lieu dès avant le déjeuner, puisque l'ex-"moine rouge" de Boquen, désormais sagement retiré à Plougrescant, tout en continuant d'animer son association franco-chinoise Qiyun Shan et de donner des conférences, était assis à la table voisine.

A 82 ans, sa santé reste un peu précaire — il relevait d'une opération —, mais donnez à Bernard Besret une scène et un micro, le voici régénéré, brillant, parfois même inspiré. Vêtu d'un pull irlandais dont seule la couleur blanc cassé nous rappelait la coule monastique, il ne se fit pas prier pour relater ses anecdotes de Boquen : celle où, pour soigner les sinus bouchés du tout jeune Bernard, le Père Benoît, maître des novices, se propose de les percer avec un fil de fer, avant de finalement les arroser d'alcool à brûler ; celle de l'installation par le Père Alexis, pour complaire à l'abbé général de l'ordre cistercien, d'une douche parfaitement baroque et inutilisable.

Laurent peut en témoigner, les mots de Bernard étaient quasi les mêmes que ceux du récit qu'il nous avait fait des mêmes événements, il y a maintenant 25 ans. Deux scènes coupées de notre film (celle de la douche a même été tournée) se trouvaient ainsi recréées en direct par leur protagoniste originel.

Après quoi le désir des organisateurs et le programme de l'après-midi reprirent leurs droits, et il fut davantage question de spiritualité, sinon de prophéties. Où l'on put constater que Bernard Besret, à un ou deux contradicteurs près, conserve en terres d'Armor et dans les marges des religions instituées, une réelle audience, un following comme on dit en breton. 

Passé une journée off bien méritée au Val André, où Bruno put donner libre cours à sa passion des galettes de sarrasin, nous avons pris dimanche la route de Plouguenast, à une quarantaine de kilomètres en direction de Loudéac. Là-bas nous attendait une projection au Cithéa, salle associative qui avait programmé Dom Alexis, le chant des pierres dans le cadre du mois du documentaire. En dépit de l'absence de Marion Cotillard, marraine de ce très actif cinéma local — sa grand-mère est d'un village voisin, nous a-t-on dit —, l'accueil des bénévoles fut des plus chaleureux, leur bonne humeur étant encore accrue par l'afflux d'une foule étonnante d'environ 120 spectateurs.

Au pays natal d'Alexis Presse, l'ambiance était comparable à celles déjà rencontrées à Plénée-Jugon et au Gouray, les bourgs proches de l'abbaye de Boquen. Beaucoup d'anciens mais pas seulement. Assez peu d'interventions spontanées à l'issue du film, mais un grand sentiment de reconnaissance et d'amitié, que vint prolonger le verre du même nom — un coup de cidre, naturellement — avec cette fois des témoignages plus spécifiques, ainsi cette femme, petite-fille de résistant breton, dont la mémoire familiale téléscopait le récit de Jean-Charles de Pétigny (joué dans le film par Jean-Paul) et l'histoire des châtelains de la Motte Basse.

Si les souvenirs de Dom Alexis sont encore assez vivaces dans le secteur, notre trio s'est cependant avéré incapable de localiser précisément la maison de la famille Presse, malgré les indications fournies par tel ou tel habitant. C'était peut-être celle-ci, au coin, avant le pont. Ou plutôt celle-là, en pierre de taille grise ? Le mystère demeure à élucider. Dom Alexis n'a pas encore tout dit…

François Gorin